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Le Temps d'un Livre

 « Ce qu’est un roman ? avant tout, c’est une quantité de temps. Quand vous voyez un roman dans une librairie, si vous êtes un peu attentif, vous pouvez évaluer immédiatement la quantité de temps qu’il contient. Et cela dans un double sens : le temps qui a été nécessaire à l’auteur pour l’écrire et le temps qu’il faudra pour le lire. » 
- Matéi Visniec, Le Marchand de premières phrases (trad. du roumain par Laure Hinckel)

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     (jusqu'à la rentrée littéraire de mi août, la librairie est cependant fermée les lundi)


les conseils de lecture

nos libraires aiment (beaucoup) :

François Fejtö
Voyage sentimental
(Syrtes Poche) 277 pages
« Aujourd’hui, dans le train pour Zagreb, quoique tous mes papiers aient été en règle et que je me sois efforcé de sourire, comme le Monsieur de Vienne, j’ai ressenti la même peur. Depuis la guerre, une peur d’un type nouveau s’est emparée de la population. (…) Nous transportons bel et bien une marchandise prohibée, nous connaissons certains secrets et nous voulons en percer d’autres. »
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De Zagreb à Split en passant par Dubrovnik, le quotidien du narrateur durant l’été 1934, sous la forme d’un journal oscillant habilement entre les descriptions fascinantes de sa famille – de vrais personnages de roman ! – et le contexte de son époque : nationalismes, frictions politiques, arrivée au pouvoir d’Hitler, brassage des langues et des cultures, mais aussi rencontre avec des écrivains et des directeurs de revues littéraires, sans omettre les passages de voyages qui sont autant d’errances et de songes qui transforme cette lecture en une plongée en Europe centrale du calme avant la tempête. Extraordinaire récit, tant historique qu’intime et littéraire. ©Yann Courtiau 2024
Didier Blonde
Oslo, de mémoire
(Gallimard) 150 pages
« Je me suis acharné sur mes souvenirs, me disant que ceux qui revenaient étaient peut-être inventés, à mon insu. J’avais beau avoir été heureux, maintenant, le voile qui recouvrait ces moments les assombrissait, parce que j’avais perdu la mémoire de mes sentiments et de mes sensations. J’en venais à douter de ces journées et de ces nuits passées avec elle. »
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L’auteur du très bon L’inconnue de la Seine (Gallimard, 2012) est de retour avec ce qu’on apprécie chez lui : le style de roman-enquête un rien modianesque et bourré de références au cinéma, à la littérature. C'est une lettre de Norvège qui ravive les souvenirs du narrateur et le replonge dans un voyage de jeunesse et de son errance à Oslo début 1980 avec, à la main, La Faim - de Knut Hamsun. Il sera question, dans cet agréable roman, de Colette, de cinéma muet, d’une écrivaine norvégienne culte, de documentaire, de Paris début XXème, d’Oslo 31 août (le film de Joachim Trier) du premier amour oublié du narrateur et de la quête de sa remémoration. Un vrai plaisir. ©Yann Courtiau 2024
Betrand Schefer
Francesca Woodman
(P.O.L.) 80 pages
"Elle avait suspendu le sens, désactivé les vieilles catégories : portrait, autoportrait, paysage, nu. En s’enfermant, elle avait pulvérisé l’espace photographique : ce n’était pas elle qui disparaissait dans l’image, mais toute la vieille photographie qui se désintégrait entre ses mains. Elle avait trouvé une porte secrète par où entrer à l’intérieur de l’image et arrêter sous nos yeux son processus mortifère d’immobilisation du temps. Toutes ses images ne formaient qu’une seule et même grande photographie en mouvement, qui est un film sans histoire et sans retour, immobile et muet."
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Voilà un remarquable roman-hommage à la photographe Francesca Woodman, lectrice de Proust, suicidée en 1981 à l’âge de 22 ans, dont on peut dire que l’œuvre est omniprésente (parfois sans qu’on s’en rendre vraiment compte) et se pose dans une certaine filiation avec celle des surréalistes peut-être. On notera la langue : riche. On sera sensible à la phrase aussi : un déploiement lent, une intelligence. On aime le propos : toujours pertinent, souvent émouvant. Magnifique. ©Yann Courtiau 2023
Emmanuel Venet
Contrefeu
(Verdier) 128 pages
« Ainsi, conclut Fernand Furet, «L’Indiscret de Pontorgeuil» pouvait se réjouir de présenter à ses lecteurs, en guise de bouquet final, une anecdote représentative de notre époque. Hélas, dernier numéro oblige, il ne pourrait pas révéler l’issue de ce fait divers à ses abonnés, qu’il saluait chaleureusement et à qui il souhaitait de trouver de nouveaux canaux d’information libre et roborative. »
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Lire Venet, c’est goûter un style élégant et plein d’intelligence, agrémenté d’un humour tout desprogien. Voici donc la chronique perfide et malicieuse du charme discret de la bourgeoisie de province — si l’on peut dire. Venet multiplie les points de vue, brouille les pistes et révèle les failles de chaque protagoniste avec autant de minutie que de désinvolture. C’est fin, c’est drôle, on serait même tenté de dire que c’est malheureusement si vrai que cela en devient cruel. Et le pire : c’est qu’on aime ça (on en redemande d'ailleurs). 
©Yann Courtiau 2024
les conseils de lecture

nos libraires aiment (beaucoup) :

Anne Alombert
Schizophrénie Numérique
(Allia) 90 pages
« Écartelée l’idéologie du progrès technologique et la réalité de la crise écologique, tiraillée entre les promesses du marketing stratégique et les regrets des entrepreneurs repentis, notre époque semble souffrir d’une véritable schizophrénie numérique. »
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Plus de quarante ans d’éditions et toujours source d’émerveillement, Allia publie ce brillant essai sur la schizophrénie numérique qui semble frapper nos sociétés. Attention : il ne s’agit pas d’un essai qui s’érigerait contre le numérique, mais plutôt d’une invitation à garder un esprit critique et de redéfinir aussi notre rapport à l’innovation et au progrès, car, comme le précise son autrice : « le danger n’est pas dans le progrès d’une superintelligence artificielle, il est dans l’industrialisation des esprits et l’automatisation de l’altérité. » Tout cela est fort intelligent, très lisible, passablement essentiel et hautement recommandé.
©Yann Courtiau 2024
Isabelle Cornaz
La Nuit au pas
(La Baconnière) 80 pages
« La seule chose qui me rassure dans les villes secrètes, inconnues, c’est l’idée que derrière le néant se cache encore la vie, que la carte n’est pas le territoire, que là où l’on croyait qu’il n’y avait rien il y a les hommes. C’est une pensée naïve, car les archipels cachés du monde, la plupart du temps, ce sont des camps où l’on maintient des êtres enfermés. »
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Journaliste et longtemps correspondante pour la Télévision Suisse Romande en Russie, plus précisément à Moscou, Isabelle Cornaz signe La Nuit au pas, un premier livre personnel, aux confins des genres, un peu autobiographique, proche parfois de l’essai, déployant son vague à l’âme à coup de fragments - prodigue de sa sensibilité aussi. La Nuit au pas est, vous le constaterez vite, d’une grande richesse en miniatures, c’est un livre d’une beauté intranquille, poétique et qui se lit et se relit, lentement. 
©Yann Courtiau 2024
Betrand Schefer
Francesca Woodman
(P.O.L.) 80 pages
"Elle avait suspendu le sens, désactivé les vieilles catégories : portrait, autoportrait, paysage, nu. En s’enfermant, elle avait pulvérisé l’espace photographique : ce n’était pas elle qui disparaissait dans l’image, mais toute la vieille photographie qui se désintégrait entre ses mains. Elle avait trouvé une porte secrète par où entrer à l’intérieur de l’image et arrêter sous nos yeux son processus mortifère d’immobilisation du temps. Toutes ses images ne formaient qu’une seule et même grande photographie en mouvement, qui est un film sans histoire et sans retour, immobile et muet."
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Voilà un remarquable roman-hommage à la photographe Francesca Woodman, lectrice de Proust, suicidée en 1981 à l’âge de 22 ans, dont on peut dire que l’œuvre est omniprésente (parfois sans qu’on s’en rendre vraiment compte) et se pose dans une certaine filiation avec celle des surréalistes peut-être. On notera la langue : riche. On sera sensible à la phrase aussi : un déploiement lent, une intelligence. On aime le propos : toujours pertinent, souvent émouvant. Magnifique. ©Yann Courtiau 2023
Emmanuel Venet
Contrefeu
(Verdier) 128 pages
« Ainsi, conclut Fernand Furet, «L’Indiscret de Pontorgeuil» pouvait se réjouir de présenter à ses lecteurs, en guise de bouquet final, une anecdote représentative de notre époque. Hélas, dernier numéro oblige, il ne pourrait pas révéler l’issue de ce fait divers à ses abonnés, qu’il saluait chaleureusement et à qui il souhaitait de trouver de nouveaux canaux d’information libre et roborative. »
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Lire Venet, c’est goûter un style élégant et plein d’intelligence, agrémenté d’un humour tout desprogien. Voici donc la chronique perfide et malicieuse du charme discret de la bourgeoisie de province — si l’on peut dire. Venet multiplie les points de vue, brouille les pistes et révèle les failles de chaque protagoniste avec autant de minutie que de désinvolture. C’est fin, c’est drôle, on serait même tenté de dire que c’est malheureusement si vrai que cela en devient cruel. Et le pire : c’est qu’on aime ça (on en redemande d'ailleurs). 
©Yann Courtiau 2024

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