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Le Palais
Bahía
Avec une douceur teintée de mélancolie et rehaussée d’humour, Isabelle Cornaz décortique ses souvenirs d’enfance: les allers-retours en voiture entre la Suisse et la Catalogne, les étés ralentis sous le soleil de Palamòs, les monologues de sa tante et les silences de l’histoire. Son récit est bref et épuré, comme si elle en avait retiré le superflu, l’excédent, pour n’en garder que la quintessence : des instantanés, des sensations fugaces, des sonorités chaudes, des volumes en clair-obscur. Bahìa sème le doute avec une poésie infinie, l’intime y joue des coudes avec l’histoire, entre quête des origines et enquête journalistique. (A.M.)
Extrait : « Les baies rouges du couchant se mêlent à la mer, on devrait les découper comme des morceaux de sucre. Il y a des rumeurs de friture et de toits-terrasses, des mouettes déchirant le tissu tendu du crépuscule. Je ne me suis presque jamais donné la liberté de rester seule dans ce village juste pour le regarder. Formellement, il a la taille d’une ville, mais à mes yeux, c’est un village: il en a la familiarité, la douceur, l’étroitesse. Cependant, si je dresse un inventaire trop précis de ce qui le constitue, si je l’épuise par une observation têtue, avec l’opiniâtreté dont je pouvais faire preuve enfant, sa matière se décompose comme de la cendre. Ce serait comme sucer un bonbon jusqu’à l’écœurement. »
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