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les conseils de lecture

la rentrée littéraire en douze livre, lus, aimés et que nous aimerions partager...  (chaque semaine, deux nouveautés) :

Henri-François Désérable

Le Palais

Gallimard, 400 pages
« Le vin, c’était un peu comme les livres : plus on en lisait, plus on en découvrait dont on n’avait même pas soupçonné l’existence », dit assez justement « l’écrivain », l’un des personnages importants du roman, qui apparaît dans sa seconde moitié. Un personnage aussi discret que complice d’ailleurs. Dans ce roman complet, les bouteilles, comme les pages, défilent à toute vitesse sous les yeux d’un lecteur rapidement happé. Les amateurs du Parfum, de Patrick Süskind, ne manqueront d’ailleurs pas de faire le rapprochement : même goût de l’érudition, même obsession sensorielle, même manière surtout de transformer un savoir bien acquis en formidable moteur romanesque. Le Palais, c’est celui d’Arun, et il est absolu. Jeune Indien adopté par un restaurateur bourguignon, Arun développe très tôt une véritable passion – que dis-je : une obsession – pour le vin et tout ce qui le constitue. Il s’approprie un vocabulaire aussi technique que poétique, une « langue parallèle » qui lui permet peu à peu de se constituer une « cave intérieure ». Entouré d’une ribambelle de personnages savamment campés – de Margot, complice de l’adolescence et fille d’un grand vigneron, à son Némésis, le critique américain Michael Waterman –, Arun part à la découverte des vins et du monde, même si, dans son cas, il s’agit sans doute de la même chose : la vie, c’est le vin ; le vin, c’est la vie. Après un échec et un retour aux racines, Arun prendra sa revanche. Car derrière le roman initiatique et d’aventure se cache aussi un roman social et politique, qui donne à cette épopée viticole une profondeur supplémentaire. C’est sans doute ce qui fait de Le Palais un si grand divertissement : une plume littéraire qui offre au lecteur tout ce qu’il peut espérer — l’érudition, les bons mots, la musicalité du texte, l’intelligence. Arun possède le « palais absolu », mais Désérable, lui, cherche à donner au lecteur le plaisir de goûter ce qu’il sait. C’est réussi.  (Y.C.)

extrait : « Et maintenant, à mesure qu’Arun posait un nom sur chaque vin (…), l’écrivain comprenait ce qu’avait dû ressentir Salieri en déchiffrant pour la première fois une partition de Mozart. Il avait affaire à un génie. Un authentique génie. Un homme qui avait le palais absolu comme d’autres l’oreille. Mais, à la différence de Salieri, qui comme Mozart composait des opéras, l’admiration qu’El Baresed éprouvait pour Arun n’était en rien dépréciée par des sentiments moins nobles, plus ambigus - il n’y avait ni amertume, ni jalousie, ni l’ombre d’une rivalité. Son admiration n’étais pas elle d’un pair : elle était celle d’un témoin. »
Isabelle Cornaz

Bahía

La Baconnière, 110 pages

Avec une douceur teintée de mélancolie et rehaussée d’humour, Isabelle Cornaz décortique ses souvenirs d’enfance: les allers-retours en voiture entre la Suisse et la Catalogne, les étés ralentis sous le soleil de Palamòs, les monologues de sa tante et les silences de l’histoire. Son récit est bref et épuré, comme si elle en avait retiré le superflu, l’excédent, pour n’en garder que la quintessence : des instantanés, des sensations fugaces, des sonorités chaudes, des volumes en clair-obscur. Bahìa sème le doute avec une poésie infinie, l’intime y joue des coudes avec l’histoire, entre quête des origines et enquête journalistique. (A.M.)

Extrait : « Les baies rouges du couchant se mêlent à la mer, on devrait les découper comme des morceaux de sucre. Il y a des rumeurs de friture et de toits-terrasses, des mouettes déchirant le tissu tendu du crépuscule. Je ne me suis presque jamais donné la liberté de rester seule dans ce village juste pour le regarder. Formellement, il a la taille d’une ville, mais à mes yeux, c’est un village: il en a la familiarité, la douceur, l’étroitesse. Cependant, si je dresse un inventaire trop précis de ce qui le constitue, si je l’épuise par une observation têtue, avec l’opiniâtreté dont je pouvais faire preuve enfant, sa matière se décompose comme de la cendre. Ce serait comme sucer un bonbon jusqu’à l’écœurement. »

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